Visite des camps d'Auschwitz I & Auschwitz II Birkenau

Publié il y a 6 ans

J’ai visité Cracovie, en Pologne, en avril 2013. Lorsque ce voyage a été planifié, la question s'est posée de savoir si j’irais ou non visiter les camps d'Auschwitz. Passage historique obligatoire selon certains, journée macabre qui gâcherait mon voyage selon d'autres... J’ai longtemps hésité.

Je suis quelqu'un de très sensible et je savais que cette visite serait très dure et susceptible de me gâcher plus que la journée. Mais j’ai tout de même décidé de m’y rendre, pensant que c'est une chose à voir une fois dans sa vie, et que je regretterais de ne pas l'avoir fait.

Je ne vous cache pas que la visite n'a pas été de tout repos. J’ai craqué et pleuré, le choc de voir de mes yeux les choses que j'avais apprises au collège. Tout devient soudain très réel en ces lieux. Non pas que ça ne l'ait pas été auparavant, mais tous ces récits, ces enseignements deviennent tout à coup palpables et ces souvenirs se gravent dans votre mémoire à tout jamais. Mais pourtant, je ne regrette pas cette visite. C'est même ce que j'ai préféré de mon voyage et je ne peux que vous conseiller de le faire si vous passez un jour dans le coin.

Passons au récit de cette journée à Auschwitz. Ainsi, vous comprendrez peut-être mon ressenti.

J’ai tout d'abord visité le camp d'Auschwitz I. Il s'agit du camp où ont été amenés les premiers déportés.

Photo: Cindy Photo: Cindy

Au-dessus du portail d'entrée, quelques mots :

ARBEIT MACHT FREI« TRAVAILLER POUR LA LIBERTE »

Les premières traces de la mascarade mise en place pour rendre les déportés dociles et éviter les mouvements de panique...

C'est une ancienne caserne militaire qui a servi d'emplacement au premier camp d'Auschwitz. En voyant ces bâtiments couleur brique, on a du mal à s'imaginer ce qui pouvait se dérouler entre leurs murs. Pourtant bien des horreurs y ont pris place.

Les déportés d'Auschwitz provenaient de tous les coins d’Europe, de la France à la Russie, en passant par la Norvège et la Grèce.

Au fur et à mesure de la visite, on croise des plaques comportant quelques phrases issues de l'idéologie nazi :

[quote text_size="small"]Nous devons libérer la nation allemande des polonais, russes, juifs et tziganes.[/quote]

[quote text_size="small"]Les juifs sont une race qui doit être totalement exterminée.[/quote]

De quoi créer au fur et à mesure le malaise chez les visiteurs du camp.

Les émotions ont commencé à me submerger lorsque nous avons visité les salles contenant les effets personnels des déportés.

Photo: Cindy Photo: Cindy

Des dizaines et des centaines de valises de déportés sont entassées là-bas derrière une vitre. On racontait aux déportés, à leur arrivée, qu'ils étaient là pour travailler et que ce serait temporaire. Afin de les mettre en confiance, on leur demandait alors de bien écrire leur nom sur leur valise pour pouvoir ensuite récupérer leurs biens lors de leur installation dans les locaux, après avoir été rasés et lavés...

Ils ne revoyaient évidemment jamais leurs biens. Toutes les affaires trouvées étaient soigneusement triées et destinées à d'autres usages. On retrouve derrière d’autres vitrines des vêtements d’enfants, des montagnes de chaussures, des peignes et brosses à cheveux…

Notre guide qui nous a accompagnés et a commenté l'ensemble de la visite, a rendu la visite exceptionnelle. Très solennel, il nous a d'emblée "mis dans le bain" et a imposé le respect tout au long de la visite. Passionné par son rôle, qu'il endosse en tant que bénévole le week-end, en plus de sa profession, il a su nous transmettre l'émotion que toute personne doit ressentir en ces lieux.

Alors que d'autres guides que nous avons croisés lisaient un document et parlaient d'une voix monocorde, lui nous racontait cette tragédie avec passion, nous donnait d'incroyables détails, nous donnait parfois du temps pour nous recueillir en nous accordant de courtes pauses entre des détails parfois trop difficiles à encaisser.

Nous avons ensuite visité les nombreuses cellules dans lesquelles on enfermait les prisonniers trop téméraires et dont on jugeait qu'ils avaient besoin d'être "calmés". Certaines, beaucoup plus petites que d’autres, ressemblaient à des cachots. Les déportés y entraient à quatre pattes et ne pouvaient tenir dedans autrement que debout tellement elles étaient étroites. Souvent, ils ne passaient pas la nuit, morts d'épuisement...

Photo: Cindy Photo: Cindy

C'est juste après le mur d'exécution, mesure punitive extrême où certains déportés servaient alors d'exemple afin de calmer les autres, que nous avons visité ce qui reste pour moi, et pour beaucoup, la pire salle du camp.

Il est interdit de prendre des photos dans cette pièce, et je dois vous avouer que l'on n'en a simplement pas envie. On l'appelle « la salle des cheveux »A leur arrivée au camp d'Auschwitz, hommes comme femmes étaient rasés à blanc. Ceci était une méthode d'humiliation parmi tant d'autres. Leurs cheveux étaient ensuite utilisés entre autres pour tisser des couvertures. La salle des cheveux renferme, derrière une immense vitrine, des tonnes de cheveux humains. Les cheveux des déportés. C'est tout bonnement insoutenable.

Nous sommes ensuite passés par le bâtiment renfermant le premier four crématoire.

[quote text_size="small"]Vous êtes dans un bâtiment dans lequel les SS ont assassiné des milliers de personnes. Merci de maintenir le silence ici: rappelez-vous leur souffrance et montrez du respect en leur mémoire.[/quote]Après cette visite déjà bien difficile, je ne pensais pas pouvoir voir pire. C'était sans compter sur la visite du second camp d'Auschwitz : Auschwitz II Birkenau.

Ce qui distingue ce camp du premier, c'est que celui-ci a été construit spécifiquement pour l'accueil des déportés. Les installations ici n'ont rien à voir avec celles du premier camp.

Chose que j'ai trouvée troublante, c'est aujourd'hui dans un décor que l'on pourrait qualifier de "bucolique" que l'on retrouve les installations du camp.

Photo: Cindy Photo: Cindy

Nous y avons retrouvé un des nombreux wagons de train dans lesquels les déportés étaient entassés, à tel point que beaucoup ne survivaient pas au voyage.

Au fond du camp se trouve encore une chambre à gaz détruite par les allemands à l'arrivée de l'armée russe. Leur but était de ne laisser aucune trace de leurs agissements.

Et juste à côté des débris se trouve un lac scintillant... brillant des cendres des déportés, à côté duquel se dresse une plaque :

[quote text_size="small"]A la mémoire des hommes, femmes, et enfants qui sont tombés, victimes du génocide Nazi. Ici reposent leurs cendres. Puissent leurs âmes reposer en paix.[/quote]

Photo: Cindy Photo: Cindy

Les déportés dormaient sur des paillasses. Là où vous vous seriez imaginé dormir à deux maximum, c'est à six, huit ou dix qu'ils dormaient sur chacune de ces paillasses.

Nombreux sont les déportés qui, l'hiver, mouraient de froid. Ces baraques sans isolation n'étaient pour la plupart pas chauffées. Beaucoup de maladies s'y développaient également, dues notamment au manque d'hygiène.

Pire encore étaient les latrines, des simples planches de béton, immenses, composées de plusieurs trous les uns à côté des autres. Les déportés, alignés là, n'avaient la possibilité de faire leurs besoins que lorsque l'heure était venue. Cela se déroulait alors à la chaine, sans intimité et sous les coups de bâton des SS.

Je me suis demandée, tout au long de cette visite, pourquoi ces horreurs étaient toujours en place, pourquoi on ne se contentait pas de détruire tout cela, ces installations dépravantes, choquantes, détestables. Le guide a répondu de lui-même à cette question que je n'étais surement pas seule à me poser :

Les rescapés de cette tragédie encore en vie souhaitent eux-mêmes que tout ceci reste tel quel. Ainsi, ils espèrent que toutes ces horreurs ne seront pas oubliées, et que beaucoup, longtemps après leur mort, continueront à venir constater par eux-mêmes ce qu'ils y ont subi et n'oublieront pas. Parce que rien de tout cela ne doit être oublié.

Vous pouvez voir l’ensemble de mes articles sur Cracovie sur mon blog, ici : http://came-true.blogspot.fr/search/label/Pologne

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