Greg adore... les auberges de jeunesse

Publié il y a 6 ans

J'ai encore un peu de mal à croire qu'il y ait des gens qui préfèrent les auberges de jeunesse à un petit hôtel sympathique. Évidemment, une fois que l'on passe à la caisse, il n'y a pas photo, l'auberge de jeunesse reste bien souvent le moyen le plus économique lors d’un voyage.

Je reconnais à ces endroits, souvent dénués de charme, leur coté convivial. Il y a toujours un réceptionniste qui vous parle comme si vous étiez un ami de longue date. Plein de gens partout, dans les couloirs, la cuisine, le salon ou encore la terrasse. A chaque pas qui me mène à mon lit, je peux me faire de nouveaux amis. Il me suffit juste d'être souriant et un rien décontracté pour attirer l’œil et mon agenda se remplit rapidement d'adresses Email dont je ne me servirai probablement qu'une fois dans ma vie. Bien évidemment, je vais devoir répéter, pour la millième fois, mon parcours de voyageur. Ce qui va permettre de créer la hiérarchie du Voyageur. L'important est de trouver des pays que l'on a  en commun ou peut-être ma prochaine destination. Je connaîtrai d’ailleurs certainement le nombre de pays visités par mon interlocuteur avant même de connaître son prénom. De toute façon, en toute honnêteté,  il m'est impossible de retenir tous les prénoms des personnes que je rencontre. Il y a déjà les nouvelles villes, les nouvelles rues, les nouvelles lignes de transports en commun, les mots de passe et j'en passe, alors les prénoms ! C'est seulement lorsque la personne m'intéresse que je fais l'effort de le demander et ensuite de le retenir. Quoiqu'il arrive, je vais devoir faire un tri entre les gens que j'ai envie de connaître et les autres. Ceux pour qui un simple hochement de tête le matin au déjeuner suffira amplement. Car ma réserve d'énergie n'est pas inépuisable.

Imaginez plutôt : La nuit dernière, dans la chambre que vous partagez avec douze autres jeunes voyageurs, vous n'avez fermé l’œil que deux heures, en totalisant les quelques minutes éparses de cette nuit interminable. Il y d'abord Katelyn et Amber, venues se maquiller alors que vous n'étiez dans l'obscurité que depuis vingt minutes. Elles parlent de cosmétiques et de garçons tout en se préparant devant le miroir. Celui-ci se situe juste à côté de votre lit.  Ensuite Andres, l'Espagnole qui occupe le rez-de-chaussée de votre lit, vous demande si vous n'avez pas un adaptateur de prise à prêter. Vous hésitez, car depuis votre arrivée, vous devez sauter par-dessus toutes ses affaires, pour atteindre l'échelle de votre lit superposé. Le couple de Finlandais, qui rentre un peu ivre,  une heure après que le calme soit revenu dans le dortoir, essaye d'être discret et choisit de ne pas allumer la lumière. Geste que vous trouvez respectueux mais rapidement inutile car Onni trébuche dans les affaires d'Andres, ce qui déclenche un fou rire à peine étouffé par Paullina. Lucas, l'Argentin commence, peu de temps après, un va-et vient de son sac à la salle de bain qui se situe au fond du couloir. Vous commencez à détester l'antique parquet que vous trouviez pourtant joli les premières heures de votre séjour  Bien entendu, durant ce temps, Onni s'est endormi plus rapidement que vous et a commencé à ronfler, le bruit n'ayant en rien perturbé son sommeil. Vers quatre heures du matin, Katelyn rentre accompagnée d'un homme dans la chambre. Un simple drap tendu lui sert de mur pour protéger son intimité, les problèmes d'acoustique n'ont pas l'air de la déranger. Une heure plus tard, les trams circulent dans la rue. Geert qui passait sa dernière nuit dans l'auberge sort de la chambre, et la cloche accroché à son sac résonne dans le dortoir, comme pour vous dire au revoir. Il croise Amber dans le couloir qui n'a plus besoin d'allumer la lumière pour rejoindre son lit car le jour se lève timidement.

Vous partez vers la cuisine, le corps las et l'esprit fatigué. Vous avez besoin de boire un bon café avant de commencer votre journée et oublier cette nuit atroce. Mais vous ne trouvez plus votre sac de course dans l'étagère commune, quelqu'un a  jugé bon de le déplacer sans vous prévenir.  La cuisine vient d'être nettoyée, vous posez vos coudes sur la table sans craindre qu’ils n’y restent collés. Ce matin, vous ne devez pas attendre trop longtemps pour atteindre le grille-pain. Il y a encore des tasses propres dans l'armoire et du lait dans le réfrigérateur. Vous lisez sur le mur une invitation au barbecue de ce soir, pas de chance : vous êtes végétarien. Par contre demain, c'est le jour des pancakes, mais vous réalisez que vous partez cette nuit pour l'aéroport. Les plus matinaux arrivent doucement pour déjeuner. Sourire de politesse. Vous échangez même quelques mots avec Françoise. Le regroupement linguistique étant, que vous le vouliez ou non, très fréquent lors de votre voyage.

Vous vous dirigez ensuite vers votre chambre, passez devant la réception, et souriez au réceptionniste qui vous demande comment vous allez. Vous mentez bien évidement en répondant que vous êtes au mieux de votre forme. Vous rentrez dans votre chambre où tout le monde dort encore. Vous prenez votre nécessaire de toilette en essayant de déranger le plus possible vos camarades de chambre. Vous allez ensuite vers la salle de bain. A votre arrivée, la personne qui se trouve dans les toilettes vous fait profiter des restes de sa soirée. Charmante attention. Vous entrez dans la cabine de douche qui n'a pas encore évacué l'eau de votre prédécesseur. Sous l'écume du savon, vous percevez quelques poils. Vous choisissez la seconde cabine, celle ou la pression de l'eau n'est pas très forte. Ca tombe bien vous aviez prévu de laver votre longue chevelure. Vous sortez de la cabine exiguë  et essuyez vos pieds une fois à l'extérieur de celle-ci. Maintenant que vous vous sentez propre et prêt à affronter le monde, vous repassez déposer vos affaires dans votre chambre.

La journée peut enfin commencer loin  de cet enfer qu'est l'auberge de jeunesse. Mais la météo a décidé d'ajouter la cerise sur le gâteau de cette délicieuse journée. Le réceptionniste vous annonce qu'il pleuvra toute la journée. Finalement,  vous resterez à l'auberge comme tout le monde, regarderez des films tout en buvant du thé. Vous vous connecterez sur Facebook pour passer votre temps et vous tenir au courant de ce qu'il se passe dans la vie de vos amis. Et lorsque certains vous demanderont comment vous allez, la réponse sera bien évidement « Je suis super heureux, j'adore voyager »

PS : Je tiens à signaler que tous les prénoms utilisés dans cette histoire sont des prénoms d'emprunt.