« Alaska-Patagonie : la Grande Traversée », Sophie et Jérémy nous emmènent dans une aventure de 28 743 kilomètres à vélo

Publié il y a 2 semaines

À l'occasion de la sortie du film « Alaska-Patagonie : la Grande Traversée » au Festival du film d'aventure de La Rochelle, Voyager Loin est partie à la rencontre de Sophie et Jérémy, ce couple de trentenaires qui a tout lâché pour vivre une aventure phénoménale au bout du monde.

Cette semaine, le Festival du Film d'Aventure de La Rochelle vous offre la possibilité de découvrir 20 films d'aventures en ligne (et gratuits) pour continuer à rêver - même en période de confinement ! 

Dans son excellente programmation, le film « Alaska-Patagonie : la Grande Traversée » sort du lot avec l'histoire extraordinaire de Sophie et Jérémy partis d'Alaska en vélo pour un périple de deux ans et demi à travers les Amériques. Près de 28 743 kilomètres avalés sur le bitume, les chemins de traverse et les sentiers de montagnes pour rejoindre leur objectif : la ville d'Ushuaïa en Patagonie.

Un voyage hors norme qui sera à découvrir - en avant-première et en direct - ce samedi 14 novembre à 15h40 via la plateforme du festival (attention, le film ne sera pas disponible en replay).

Pour assouvir notre soif de curiosité, nous avons souhaité connaître les tenants et aboutissants d'un tel projet avec Sophie, la réalisatrice (membre du duo de choc) qui s'est prêtée au jeu de l'interview ! Entre des découvertes, des exploits et un vrai dépassement de soi, l'aventure avec un grand « A » a pris toute sa dimension dans ce périple incroyable.

Crédit : Sophie Planque

Pour les plus impatients, il vous est déjà possible de découvrir plusieurs épisodes de cette aventure sur leur page YouTube ou Facebook.

Notez aussi que ce documentaire sera diffusé le 25 janvier à 20h45 sur Ushuaïa TV. Pour ceux qui rêvent d'aventures, le couple prévoit aussi des tirages photos en série limitée prochainement via leur page facebook, un livre photo (en cours) ainsi qu'un manuscrit écrit par Jérémy lui-même.

L'interview voyage

VL : Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Nous sommes Sophie et Jérémy un couple de trentenaires, aventuriers et amoureux de la géographie. Je suis (Sophie) journaliste réalisatrice de reportages et documentaires pour la télévision française depuis maintenant 10 ans. J’ai parcouru le monde pour les besoins de mes productions qui ont été diffusées sur les plus grandes chaines françaises. Jérémy lui est plutôt un « multi-tool ». Il a été soigneur de chiens de traineaux au Canada, directeur de magasin de ski ou d’une grande marque de l’Outdoor, mais aussi charpentier, cuisinier et j’en passe. Bref c’est impressionnant comme il sait tout -très bien- faire !

Crédit : Sophie Planque

VL : Vous allez bientôt dévoiler votre film « Alaska - Patagonie : La Grande Traversée » au grand public lors du Festival du Film d'Aventure de La Rochelle. Pourquoi avoir entrepris ce grand voyage ? 

On souhaitait s’engager tous les deux, en couple, dans une grande et périlleuse aventure. Pas de bébé, mais un grand projet d’exploration. Nous sommes tous les deux des mordus de longue marche, découvrir un pays, une culture, une géographie par nos propres forces. Par exemple, j’ai traversé la Laponie finlandaise à pied toute seule, le Spitzberg à ski pulka, plusieurs îles européennes... Jérémy a quant à lui plus de 10 000km de marche à travers l’Europe à son compteur. De la pure marche !

Il avait écrit dans ses carnets quand il était adolescent qu’il rêvait de traverser les Amériques à pied, de Montréal à la Patagonie. Je souhaitais plus que tout découvrir les Andes. Nous avions un point commun sur la destination. La décision n’est pas venue en un jour, mais en plusieurs mois.  À force de murir notre envie commune de découvrir une géographie et de la traverser à la seule force de notre corps, nous avons finalement convenu un soir : « chiche on part traverser la route la plus longue du monde ».

VL : Pourquoi avoir choisi cette partie du monde (la route la plus longue du monde) ?

L’Amérique, de l’Alaska à la Patagonie, regroupe à elle seule tous les extrêmes de notre planète : la toundra arctique, les glaciers imposants, les déserts arides, la haute altitude, la jungle humide, les plages paradisiaques, la plus grande chaine de montagnes du monde, la pampa, la puna, les paramos, un tas de biotopes extraordinaires ! Traverser les Amériques à vélo, c’est tisser un lien fort entre tous ces extrêmes, c’est les comprendre, les situer, les embrasser.

Certes, il s’agit de la route la plus longue du monde, si l’on traverse le Darien entre le Panama et la Colombie. C’est surtout une route qui vous emmène loin, pendant très longtemps. Nous avons pédalé pendant deux ans et demi, ce qui représente une sacrée durée de périple !

Crédit : Sophie Planque

Quand tu évolues dans la nature pendant au moins trois semaines, tes sens se développent de manière exponentielle, comme si tu retrouvais tes instincts animaux. Tu « refais » partie du sauvage, de cette nature que l’on oppose à nos vies en société. Ce sont des sentiments simples et doux que l’on souhaite conserver le plus longtemps possible !

VL : Était-ce pour prouver qu'on peut traverser des endroits dits inaccessibles ?

C’est sans doute se prouver à soi-même que l’on peut le faire oui, mais ce n’est pas la raison première qui nous a poussés à partir. On ne s’est pas donné de date retour. Cela prendra le temps qu’il faudra, mais ensemble, en équipe et en amoureux, on y arrivera, parce que l’on y croit ! Que l’on passe ce col de montagne en une journée ou trois, l’important c’est de le tenter, de le passer et surtout de comprendre pourquoi on souhaite aller au-delà.

Derrière nos raisons personnelles, dépassement de soi, comprendre le monde et sa géographie, partir en quête de liberté, il y a également des raisons autres qui nous ont portés deux ans durant.

Avant le grand départ (reportage France 3)

6000 élèves à travers la France entière ont pris part au voyage depuis leurs classes. Nous sommes partis les rencontrer avant le départ pour faire connaissance et présenter notre aventure. Tout au long des deux années et demie de voyage, nous avons entretenu des liens forts avec tous ces élèves, de la primaire au lycée. Nous échangions tous les mois par skype, emails, et écrivions des journaux de bord détaillés. Histoire, géographie, un peu de mathématique et surtout beaucoup d’informations sur ce que nous apprenions nous sur place.

La sagesse d’une tribu, la beauté d’un paysage qui peut nous émouvoir jusqu’aux larmes, la nécessité de s’accrocher même si l’on tombe, toujours se relever et réessayer. Ce sont autant de notions que l’on pense importantes à partager et qui nous ont guidés dans notre expédition. Ce voyage c’était aussi le leur et cela a donné énormément de signification à notre aventure.

Crédit : Sophie Planque

VL : Vous avez choisi le vélo comme moyen de transport, pourquoi ?

On aurait pu s’imaginer traverser les Amériques à pied, mais à l’aube de la trentaine, on avait tellement de projets en tête que l’on a préféré aller « un peu plus vite ». On s’est porté sur le vélo. C’est un moyen de transport doux, respectueux de la nature qui correspondait vraiment à nos envies. Jérémy avait déjà réalisé deux voyages à vélo : un à travers la France et un à travers la Nouvelle-Zélande. En revanche pour moi, c’était une grande première, je n’avais jamais fait de vélo sur plus de 10km...

J’ai compris très vite que je ne savais pas faire de vélo lors de nos préparatifs dans les Pyrénées. Cela m’a pris au final trois mois à ce que mon corps s’adapte et que je comprenne un peu mieux comment gérer mon effort ! Sacré défi dans le défi.

Le grand retour

VL : Comment vous êtes-vous préparés pour un tel périple ? 

Pendant un an et demi, nous avons soulevé des fonds, travaillé dur pour mettre de l’argent de côté et sommes partis traverser un petit bout des Pyrénées à vélo pendant une semaine. Histoire de vérifier que les réglages étaient les bons. Finalement nous avons passé plus de temps à étudier la mécanique vélo, à choisir notre équipement et gérer l’administratif que nous préparer réellement physiquement. Enfin surtout moi ! Jérémy était en excellente forme physique et moi j’avais quelques kilos en trop que je n’arrivais pas à perdre ! Mais nous avions confiance l’un en l’autre grâce à nos expériences personnelles passées. Nous n’avions pas un mental de chips, mais de pomme de terre bien ferme ! (rires)

VL : Avez-vous eu des moments où vous aviez envie de tout lâcher ?

Nous avons vécu de nombreuses épreuves difficiles sur le chemin. Deux accidents majeurs pour ma part, un hiver féroce au Canada avec des nuits en tente par -20°C, la saison des pluies en Amérique centrale, la traversée de la Patagonie en plein hiver austral, des rencontres menaçantes avec des cartels au Mexique, ou en Colombie... On a eu de nombreuses raisons d’arrêter, de baisser les bras, de faire du stop et monter dans un bus mais on ne l’a jamais fait.

Quand on croit très fortement à son projet, on ne peut pas baisser les bras, parce que c’est notre rêve et qu’il faut se jeter corps et âme dans cette quête pour le réaliser.

Crédit : Sophie Planque

Les embuches, les difficultés, on en aura toute notre vie dans n’importe quelle aventure que l’on entreprendra. Il faut juste prendre son temps, écouter son corps, écouter l’autre et avancer, toujours. On a choisi de faire face aux difficultés, de les accepter et de relever en couple les plus grands défis de notre vie sans doute. On peut parler de résilience, clairement. La difficulté fait partie du chemin, la douleur aussi. Ushuaia, ça se mérite ! (rires)

VL : Quelle est votre plus grande victoire ?

Je pense que notre plus grande victoire, c’est d’avoir réussi à réaliser ce projet en couple et d’être rentrés... en couple et ... d’être encore en couple un an plus tard ! C’est une aventure dans l’aventure, mais ça, c’est une autre histoire

Crédit : Sophie Planque

VL : Quel est le plus beau moment que vous ayez vécu durant le voyage ? Et le pire aussi ?

Nous sommes à trois semaines de vélo d’Ushuaia, nous venons de quitter la Cordillère enneigée, les pneus clous sont rangés dans les sacoches et enfin sur la carte notre but approche et semble réalisable. Pendant ces trois dernières semaines d’expédition, quelque chose d’extraordinaire s’est déroulé. Nous n’arrivions plus à dormir, tellement notre esprit faisait revivre les moments les plus fous, les plus beaux, les plus intenses, les plus belles rencontres, odeurs, couleurs de ces deux dernières années. Sur le vélo, alors que notre cœur battant nous fait parcourir plus de 140km par jour à un rythme effréné, nous pleurons chacun de notre côté tant l’émotion est forte.

Nous revoyons notre périple dans notre tête, tous ces visages, ces sourires, c’est trop pour un seul homme, pour une seule femme. Ces trois dernières semaines m’ont tellement marqué que j’en ai en ce moment des frissons. Nous avons littéralement vomi nos émotions. Si bien que le jour d’arrivée à Ushuaia, nous étions calmes, sereins, les larmes avaient séché. Un sentiment d’accomplissement nous a envahis.

Crédit : Sophie Planque

C’était donc ça l’important. Ushuaia n’avait presque plus de signification. Nous n’avions pas traversé les Amériques pour arriver à Ushuaia, mais pour vivre et ressentir les Amériques jusque dans le plus profond de nos cœurs. Et pour répondre à ta question du pire, cela va peut-être paraitre un chouya philosophie, mais la première chose qui me vient à l’esprit c’est de dire que le pire souvenir est en fait devenu l’un des meilleurs.

J’ai eu un accident en Alaska, 7 jours après avoir débuté le périple à vélo. Tête de l’humérus cassée, traumatisme crânien, multiples contusions suite à une mauvaise rencontre avec un camion dans la taïga. 1 mois et demi d’arrêt. Cet accident a complètement bouleversé nos vies, mais grâce à lui, notre aventure a pris un sens particulier et tout ce qui a découlé de cet accident a été transcendant. Je vous invite à voir le documentaire pour le comprendre ou bien d’attendre avant d’acheter le livre !

Crédit : Sophie Planque

VL : Les voyages sont peuplés de rencontres, quelles ont été les plus belles ?  Qu'avez-vous retenu d'une telle aventure ?

Certaines rencontres marquent plus que d’autres, sur deux ans et demi je peux en citer une dizaine de mémorables. Il y a Kathleen, une native Athabasca d’Alaska qui nous a initiés aux légendes de son peuple et nous a offert un toit quand notre monde s’écroulait. Elle nous a permis de guérir et de repartir emplis d’une force sans nom. Il y a Marlene Spencer, dans une réserve indienne de l’état du Washington, qui nous a conté l’histoire de son peuple Yakama. C’était un immense honneur pour nous de pouvoir passer du temps avec cette « elder » et de comprendre un peu mieux l’histoire de ce continent.

Et puis il y a Baldemore en Californie rencontré dans une laverie, Esperanza au Mexique qui a illuminé nos visages de son sourire sincère et rayonnant en nous invitant à une fête traditionnelle, cette petite équatorienne qui a vu un blanc pour la première fois de sa vie et tellement d’autres... Je préfère les taire pour les garder dans mon cœur pour le moment !

Crédit : Sophie Planque

Toutes ces rencontres ont été marquantes, inspirantes. L’une des plus belles leçons de cette expédition vient de tous ces Américains : face aux difficultés, à une nature capricieuse, il y a un seul endroit où il fait toujours bon vivre : c’est dans notre cœur ! C’est là que réside notre plus belle force. Nous nous sommes inspirés de ces femmes et de ces hommes pour toujours garder le cap !

Crédit : Sophie Planque

VL : Avez-vous une anecdote drôle à nous confier ?

Nous sommes en plein désert de Nazca au Pérou. Nous roulons avec un jeune français prénommé Germain qui traverse les Andes à vélo. Il fait très chaud, le soleil de plomb nous assomme et l’ombre n’existe pas dans ce désert rouge. Germain crève un pneu, une fois, deux fois, trois fois. Et cela continue. Il fait si chaud que la colle à rustine ne se fixe plus. Impossible pour Germain de regonfler son pneu. On essaie mille choses, mais rien n’y fait. Cela fait 2h que nous sommes assis à réfléchir à comment faire. Aucune voiture ne passe. Là, on a soif, on rêve même d’une glace. On se le dit haut et fort « j’aimerais tellement avoir un mister freeze là tout de suite maintenant » !

Et... quelques minutes à peine après avoir prononcé cette prière, une mobylette débarque du nord, elle est chargée d’un mini-congélateur rempli de...glaces ! On lui en achète chacun deux ! On ne sait s’il s’agit d’un pur hasard ou d’une bonne étoile qui veille sur nous, mais cela nous a fait rire pendant des jours... !

VL : Si c'était à refaire, que changeriez-vous ?

Absolument rien du tout 

Crédit : Sophie Planque

Pour suivre les aventures de Sophie et Jérémy, ça se passe ici :

Site : https://www.alaska-patagonie.com/

Facebook : https://www.facebook.com/alaska.patagonie

Instagram : https://www.instagram.com/alaskapatagonia

Youtube : https://www.youtube.com/c/alaskapatagonie

chloevillemant
Par Chloe Villemant

Rédactrice en chef du site Voyager Loin. Passionnée par le voyage, je vous emmène avec moi dans une belle aventure à la découverte de notre planète ! Baroudeuse 2.0 et apprentie aventurière, je suis une ultra connectée qui prend le temps de déconnecter devant la beauté du monde.