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Quelques pensées inspirantes signées Sylvain Tesson, l'homme qui revenait de loin

Il y a 4 ans

"Je m'étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois. Je me suis installé pendant six mois dans une cabane sibérienne sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord. Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de routes d'accès, parfois, une visite. L'hiver, des températures de -30°C, l'été des ours sur les berges. Bref, le paradis" S. Tesson.

Traversée à vélo du désert central en Islande, spéléologie à Bornéo, tour du monde à bicyclette, traversée de l'Hymalaya, à pied, ou encore traversée de l'Asie centrale à cheval, pour finir en ermite, reclus dans une cabane au fond de la Sibérie; l'homme est un aventurier, un vrai. Voyageur, écrivain, membre de la Société des explorateurs français, Sylvain Tesson est l'un de ces voyageurs à la plume inspirante. Voici quelques pensées et réflexions d'un homme changé à jamais par le voyage :

1. " L'homme libre possède le temps. L'homme qui maîtrise l'espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on ne sait même plus qu'il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont."

Dans les forêts de Sibérie

2. "On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder."

Dans les forêts de Sibérie

3. "Lire nous confirme que la solitude est un trésor. Un livre peut changer une vie. Et dire qu'il n'y a aucune mise en garde d'inscrite sur la couverture !"

Géographie de l'instant présent

4.  "Il est bon de n'avoir pas à alimenter une conversation. D'où vient la difficulté de la vie en société? De cet impératif de trouver toujours quelque chose à dire. "

Dans les forêts de Sibérie

5. "... les citations ne sont pas des paravents derrière lesquels se réfugier. Elles sont la formulation d'une pensée qu'on a caressée un jour et que l'on reconnait, exprimée avec bonheur, sous la plume d'un autre. Les citations révèlent l'âme de celui qui les brandit. "

Géographie de l'instant

6. "Et si la liberté consistait à posséder le temps? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures?Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. "

Dans les forêts de Sibérie

7. "L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'obligation de vivre avec eux. Le mieux consiste donc à construire un donjon solitaire avec le ciment de son rêve suffisamment solide pour que le ressac du monde extérieur s'y fracasse. "

Petit traité sur l'immensité du monde

8. "Je préfère les natures humaines qui ressemblent aux lacs gelés à celles qui ressemblent aux marais. Les premiers sont durs et froids en surface mais profonds, tourmentés et vivants en dessous. Les seconds sont doux et spongieux d'apparence mais leur fond est inerte et imperméable. "

Dans les forêts de Sibérie

9. "Le vagabond évite tout ce qui risquerait d'enlaidir sa vie. Comme le faisaient les Celtes, il évite les êtres difformes, et rejette les situations conflictuelles, persuadé que la vilenie de l'âme s'exprime dans la laideur extérieure. Au moindre nuage menaçant son esthétique de vie, il prend la tangente. N'avoir qu'un bâton et un chapeau à plume permet de tourner les talons si le climat se gâte..... "

Petit traité sur l'immensité du monde

10. " Il est cependant une autre catégorie de nomades. Pour eux, ni tarentelle ni transhumance. Ils ne conduisent pas de troupeaux et n'appartiennent à aucun groupe. Ils se contentent de voyager silencieusement, pour eux-mêmes, parfois en eux-mêmes. On les croise sur les chemins de monde. Ils vont seuls, avec lenteur, sans autre but que celui d'avancer. "

Petit traité sur l'immensité du monde

11. "S'asseoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l'idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. "

Dans les forêts de Sibérie

12. "D'où vient le mauvais goût ? Pourquoi y a-t'il du lino plutôt que rien ? Comment le kitch s'est-il emparé du monde ? La ruée des peuples vers le laid fût le principal phénomène de la mondialisation. Pour s'en convaincre il suffit de circuler dans une ville chinoise, d'observer les nouveaux codes de décoration de La Poste française ou la tenue des touristes. Le mauvais goût est le dénominateur commun de l'humanité. "

Dans les forêts de Sibérie

13. "Comment peut-on préférer mettre les oiseaux dans la mire d'un fusil plutôt que dans le verre d'une jumelle ?"

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14. "Lorsqu'on quitte un lieu de bivouac, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement : rien. Deuxièmement : ses remerciements." L'essentiel ? Ne pas peser trop à la surface du globe. "

Dans les forêts de Sibérie

15. "Je pense au destin des visons. Naître dans la forêt, survivre aux hivers, tomber dans un piège et finir en manteau sur le dos de rombières dont l'espérance de vie sous les futaies serait de trois minutes... Si encore les femmes couvertes de fourrure avaient la grâce des mustélidés qu'on écorche pour elles. Il y a cinq jours, Sergueï m'a raconté une histoire. Le gouverneur d'Irkoutsk s'adonnait à la chasse à l'ours de son hélicoptère dans les montagnes qui dominent le Baïkal. Le MI8, déstabilisé par une rafale, s'est écrasé. Bilan, huit morts. Sergueï : "Les ours devaient danser la polka autour du brasier."

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16. "Rien ne vaut de passer un bon moment avec soi même, à parcourir les rayonnages de sa bibliothèque intérieure. "

Petit traité sur l'immensité du monde

17. "L'espérance est une insulte à l'instant."

Aphorismes dans les herbes

18. "En ville, le libéral, le gauchiste, le révolutionnaire et le grand bourgeois paient leur pain, leur essence et leurs taxes. L'ermite, lui, ne demande ni ne donne rien à l'Etat. Il s'enfouit dans les bois, en tire substance. Son retrait constitue un manque à gagner pour le gouvernement. Devenir un manque à gagner devrait constituer l'objectif des révolutionnaires. Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt est plus anti-étatique qu'une manifestation hérissée de drapeaux noirs."

Dans les forêts de Sibérie

19. "La cabane mesure trois mètres sur trois. Un poêle en fonte assure le chauffage. Il deviendra mon ami. J'accepte les ronflements de ce compagnon-là. Le poêle est l'axe du monde. Autour de lui, tout s'organise. C'est un petit dieu qui possède sa vie propre. Lorsque je lui fais offrande de bûches, je rends hommage à Homo erectus, qui maîtrisa le feu. Dans sa Psychanalyse du feu, Bachelard imagine que l'idée de frotter deux bâtonnets pour alllumer l'étoupe fut inspirée par les frictions de l'amour. En baisant, l'homme aurait eu l'intuition du feu. Bon à savoir. Pour étancher la libido, penser à regarder les braises."

Dans les forêts de Sibérie

20. "L'ermite se tient à l'écart, dans un refus poli. Il ressemble au convive qui, d'un geste doux, refuse le plat. Si la société disparaissait, l'ermite poursuivrait sa vie d'ermite. Les révoltés, eux, se trouveraient au chômage technique. L'ermite ne s'oppose pas, il épouse un mode de vie. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité. Il est physiquement inoffensif et on le tolère comme s'il appartenait à un ordre intermédiaire, une caste médiane entre le barbare et le civilisé."

Dans les forêts de Sibérie

Conclusion : "Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu"

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