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Pourquoi partir à Tchernobyl changera complètement votre vision du voyage ?

Alex Quilghini 6 mars 2017

Sur le papier, il y a des destinations qui n’attirent personne, qui n’inspirent pas à la rêverie ou à l’évasion, qui peuvent te faire flipper comme jamais.

12 Février 2017, j’ai décollé pour l’Ukraine. Direction Tchernobyl.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, cap sur Kiev où est notre hôtel. C’est aussi ici que nous allons passer le plus de temps durant ces trois jours au cours desquels on dédiera une grande journée pour l’escapade à Tchernobyl.

Sans entrer dans les détails politiques, ce n'est pas le but de ce voyage, j'ai peu de temps devant moi. Je me contente d'être présent, de prendre mes marques et de ressentir tout ce que je peux. Volontairement, j'avais décidé de ne pas me documenter davantage avant le départ. Histoire de ne partir avec aucun a priori, aucune idée faite de Kiev.

La crise ukrainienne c'était il n'y a pas si longtemps. Certains aiment se renseigner et revivre les faits marquants du lieu-dit avant d'y poser les pieds. Ce n'est pas dans mes pratiques. Ce premier voyage là-bas, je vais le faire avec mon coeur. Je reviendrai forcément. C'est comme ça partout. 

En attendant, je regarde dans le bleu des yeux des Ukrainiens. J'insiste, je cherche leur regard. La barrière de la langue est présente, il faut observer avec attention, les sens vifs, l'instinct aiguisé. Capter la douleur des souvenirs derrière cette pudeur et cette force qu'ils laissent tous transparaitre. Le froid, la fumée qui sort de la bouche, je déambule dans les rues de Kiev sans vraiment réaliser encore ce qu'il m'attend.

C'est quand je descendais vers la place Maïdan que la réalité me rattrapait. Bastion de la révolution et QG des rassemblements. Presque trois ans après la guerre civile, la tension est toujours palpable, les impacts de balles font partie du décor, l’émotion est grande. La ville est chargée d’histoire, on y reviendra. À l'instant T, devant la vie qui a repris son cours, devant ces gens qui gagnent entre 100 et 200 euros par mois, devant cette partie du monde qui a tant souffert, je suis face à une réalité qui m'éjecte de mes excès parisiens. Kiev, solide et romantique, fera la transition entre le trop plein français et ce qui m'attend le lendemain matin : le plus rien du tout.

3h de route, direction Tchernobyl

Invité par Planet Chernobyl et ses fondateurs Laurent Platiau et David Bennarous, c’est pour moi l’occasion d’aller sur une terre meurtrie et de voir de mes propres yeux, comment la nature sait reprendre ses droits.

C’est l’occasion aussi de témoigner et de comprendre comment les folies du nucléaire ont pu avoir raison de plus de 200 000 habitants, priés de devoir abandonner du jour au lendemain : maisons, souvenirs, repères et racines. 

Bienvenue à post-apocalypse land, bienvenue en Ukraine, bienvenue à Tchernobyl.

Prenez quelques secondes de répit et faites l’effort de visualiser la ville, de la situer sur une carte et faites ce travail d’imagination : À quoi ressemble l’endroit ? Son odeur, sa couleur, sa faune, sa flore. Je ressens d’ici vos réactions, j’entends vos questions, je distingue vos jugements, votre peur. 

Loin de ma France, de ma paix et de ma routine habituelle, me voilà complètement hors de ma zone de confort. Je suis face à un peuple, un pays qui vient de connaître le chaos et qui a connu l’une des catastrophes écologiques les plus marquantes de notre histoire. Si vous vous demandez comment vais-je réussir à vous donner envie de vous rendre sur place, sachez que je n’en ai aucune idée.

Humilité et devoir de mémoire

Je ne suis pas amateur de sensationnalisme pervers, je ne suis pas là bas pour satisfaire une quelconque curiosité déplacée et ce n’est pas la volonté des organisateurs non plus. Nous sommes ici pour comprendre, nous sommes ici pour ressentir l’instant, nous sommes ici pour remettre les pieds sur terre. Nous sommes ici pour mesurer à l’échelle gigantesque, la bêtise de l’homme et ce qui nous pend au nez : L’exil pour tous, une terre sainte pour personne.

Zone déserte, paradis des amateurs d'Urbex 

Ambiance glauque, silence glaçant, entre un épisode de The Walking Dead et une adaptation ratée de Tim Burton, Tchernobyl t’accueille par une garde militaire qui contrôle la zone. Le froid saisonnier n’arrange rien, le décor est blanc, gelé, la terre est hostile, littéralement. La question que je me pose est simple : Les apparences sont-elles trompeuses ? La fin de l’escapade nous le dira. 

Amateurs d’Urbex, vous avez rendez vous avec un gigantesque radar anti-missiles abandonné, des dortoirs désertés où les jouets et poupées usés par tous les maux longent le sol, des écoles où l’encre ne coule plus, où les classes sont vides, les vitres fracassées par le froid et des salles où les renards ont pris racine. Amateurs de nature, vous avez rendez-vous avec ce qu’elle fait de mieux : Régner sans partage.

Le temps n’a pas encore eu raison de la radioactivité mais la faune et la flore ont su s’adapter. On ne peut rien toucher pour éviter d’être contaminé mais le contexte est surprenant : La nature à bel est bien repris ses droits. Ours, loups, chevaux sauvages, ils sont les maîtres des lieux. 

En attendant, les yeux sont grands ouverts, l’humilité plus que jamais de rigueur face à la grandeur de la nature et l’histoire qui raisonne encore. J’imagine les bruits stridents des sirènes, vous savez celle qu’on entend tous les premiers mercredi du mois, les hurlements de la population, hagarde et sous le choc dans un temps où l’information est rare et choisie, et que radios et télés sont indisponibles. J’imagine encore les conséquences géopolitiques que peut causer un évènement pareil. 31 ans après, nous sommes là où le monde et le temps se sont arrêtés. Cette sensation est très étrange.

En écrivant cet article, je lisais celui de Piotr Kroczak, fondateur du blog Bien Voyager. Comme on dit, le voyage est perçu différemment pour chacun d'entre nous. Piotr avait ressenti plus que moi le poids de l'histoire. Il avait saisi une nuance plus profonde de l'évènement. Il visualisait avec précision, l'impact de la catastrophe sur les locaux. Ces gens sacrifiés au nom de la paix sociale. Ces gens à qui nos médias et gouvernements ont menti. Je vous ai sélectionné un petit passage de l'article :


"Les mots lus ont-ils plus de poids que les paroles de ceux qui ont vécu le drame ?

Intéressante perspective. Quelle témoignage plus fort que ceux qui furent là et qui le sont toujours pour témoigner. Témoigner du drame du passé et de l’espoir de l’avenir. Moi je pensais que les radiations les avaient en majorité tous tués. Tous. Ceux que l’on a jeté dans la fournaise mortelle sans les informer, comme les pompiers de Pripiat, puis les centaines de milliers de liquidateurs que l’on a chargé de nettoyer le site sans vraiment les protéger. Tous morts. Ou tout du moins une grande majorité. Tous sacrifiés pour une cause. Pour que cette catastrophe n’en amène pas une autre. Alors ils ont donné des minutes, des heures, des années de leur espérance de vie pour que nous, vous et moi, puissions savourer ces mêmes années, heures, minutes. Et certains de ces liquidateurs anonymes ont simplement tout donné. Par choix mais surtout par devoir. Mais ils ne sont pas tous morts. Néanmoins, comme on sait si peu de leur existence, de leur sacrifice, de leur souffrance, c’est comme si…"


Lisez l'article en entier en cliquant ici.

Un monde arrêté le 26 Avril 1986. 

Imaginez le degré de désinformation un peu partout. En France, dans un bulletin météo, on nous a réellement fait croire que le nuage n’est pas rentré dans nos frontières. Imaginez les conséquences que ca aurait pu avoir pour notre industrie si nos parents connaissaient l’ampleur des dérives du nucléaire. Nous sommes à Tchernobyl, symbole même de nos dérives à nous tous : Consommer notre énergie sans se soucier de l’héritage que nous laisserons. 

 

Point Wikipédia


Pour rappel, La catastrophe nucléaire de Tchernobyl est un accident nucléaire majeur qui a commencé le 26 avril 1986 dans la centrale Lénine, située à l'époque en République socialiste soviétique d'Ukraine en URSS. Il s'agit de la plus grave catastrophe nucléaire du xxe siècle, classée au niveau 7, le plus élevé sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES). Le rapport de 2007 de l'IRSN37 rapporte que dans la semaine qui a suivi l’accident, les autorités soviétiques ont procédé à l’évacuation des habitants des localités des environs, soit plus de 135 000 personnes, qui ont dû être relogées ultérieurement. Comme le note Philippe Coumarianos : « entre le 27 avril et le 7 mai, deux villes et soixante-dix localités, situées dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale, furent vidées de leurs habitants. Cette zone d'exclusion couvre une superficie de près de 300 000 hectares, à cheval sur les territoires ukrainien et biélorusse. (…) Au total, environ 250 000 personnes quittèrent leurs foyers.


Un voyage insolite qui attire de plus en plus de monde

Ils étaient 5000 voyageurs en 2015, 36 000 en 2016, ingénieurs, photographes et vidéastes n'hésitent plus à venir sur la zone d'exclusion de Tchernobyl. Les deux jours de visites culturelles de la ville de Kiev ajoutent une dimension plus grande au motif de départ. C'est grâce à des passionés de voyage comme Laurent et David, qui ont pris le risque de promouvoir la destination que ce séjour est possible. Oui c'est un risque que je salue car, comprenez le contexte, qui aurait pensé un jour que le tourisme à Tchernobyl serait envisageable ?  

Leurs guides, Olga, Dimitri et Maria vous assisteront pour vous présenter Kiev et vous permettre de vous immerger complètement dans l'univers unique de Tchernobyl.


Pourquoi il faut y aller : 

- Pour voir la nature reprendre ses droits. On sait que la nature est toujours plus forte, mais le voir, dans un tel contexte, est plutôt impressionnant. 

- Pour le devoir de mémoire. Je fais partie de la génération qui a grandi dans la gueule de bois générale de l'après Tchernobyl. C'est un pan majeur de notre histoire et s'y rendre provoque un sentiment inexplicable.

- Pour mesurer l'impact du nucléaire sur notre vie. Nous sommes dans une époque où les alternatives existent et malgré leur évidence, peinent à s'imposer. Assister à cela et voir les conséquences que peut avoir le nucléaire sur tant de vies rend aussi les choses plus évidentes.

- Pour l'Urbex (Urban Exploration). Les lieux abandonnés, décors cinématographiques, dramatiques sont prisés des photographes. La zone d'exclusion de Tchernobyl est un immense décor pour témoigner avec qualité de la catastrophe.

- Pour visiter Kiev, une ville incroyable. Elle n'a de plus beau que ses bâtiments et ses détails que la gentillesse et la pudeur de ses habitants. Une vraie belle découverte.

- Par amour de l'aventure sans limite. Ceux qui confondent voyage et vacances m'ont demandé : "Mais enfin qu'est ce que tu vas faire là-bas ?". Il ne m'en fallait pas beaucoup plus pour avoir un vrai désir d'y aller, par curiosité, pour l'amour de l'aventure, de l'insolite, de la découverte. Jamais je n'aurais pensé y aller, y a t'il une meilleure raison pour justement y aller ? 

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