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Pourquoi j'ai annulé mon tour du monde après les attentats du 13 novembre

Corentin Vilsalmon 20 novembre 2015

J'avais tout prévu. Ça aurait duré au moins huit mois, peut-être plus si mes économies et mon envie l'avaient permis. Un tour du monde en solitaire sur les cinq continents, pour faire le plein de dépaysement, de rencontres et m'ouvrir au monde. Une façon de changer de vie après quelques mois difficiles. Une façon, peut-être, de me retrouver, de m'entraîner dans une introspection par le voyage.

Ça n'aurait pas été mon premier voyage, loin de là. J'ai déjà voyagé à travers de nombreux pays, seul, accompagné ; mais la plupart du temps sans l'immersion complète. En véritable touriste équipé de ses tongs et de son appareil photo. Cette fois-ci, j'avais eu envie de m'essayer à un voyage plus terre à terre, l'Homme face à la nature.

Puis les attentats du 13 novembre sont arrivés.

Cela fait déjà une semaine que c'est arrivé. A l'origine, je ne souhaitais pas spécialement m'exprimer sur le sujet. Puis j'ai décidé qu'il fallait que j'évacue d'une certaine façon tout ça.

Comme beaucoup, je suis resté choqué face à cette violence et cette horreur. Dix mois plus tôt, Charlie Hebdo. La pilule avait déjà eu du mal à passer. Je m'étais rendu à la marche républicaine qui avait eu lieu à Paris quelques jours plus tard. Ça m'avait fait un bien fou de communier, même en silence, avec cette foule. Et voilà que le cauchemar reprend, en pire vu que les cibles étaient des anonymes comme vous et moi, occupés à vivre, à s'amuser et à passer un bon moment. Des enfants, des parents, des amis, des collègues ou des camarades, lâchement fauchés par des balles ou des explosifs.

Je n'habite pas Paris mais la proche banlieue. Je n'ai pas perdu de proches ou d'amis mais, comme beaucoup, je connais certaines personnes qui sont dans ce cas. Mes fils, notamment. L'un d'entre eux vit d'ailleurs sur Paris. Pas dans les zones où les attentats ont eu lieu, mais pas suffisamment loin pour être rassuré. Il me disait qu'il avait déjà été plusieurs fois au Bataclan lui-même, qu'il s'était déjà promené dans ces rues où les fusillades ont eu lieu. Lui connaît des personnes qui étaient là-bas ce soir-là. Des amis s'en sont sortis ; des amis de ses amis ont eu moins de chances. Ce serait un euphémisme de dire que cette nuit du vendredi 13 novembre a été insoutenable. Pour moi comme pour beaucoup.

Après ça, j'ai décidé de laisser de côté mon égoïsme. Pour quelques mois, au moins. Ce sont des moments difficiles que traverse la France et nous les Français. A l'origine, j'avais prévu ce voyage comme une catharsis, pour me libérer d'un divorce un peu étouffant. Passer à autre chose. En voyant ces attaques, j'ai finalement décidé que je voulais rester vivre avec les miens, pour traverser ces moments difficiles. Pour aider mes fils, surtout. Ils ne sont pas très jeunes mais je les connais et je me doute qu'ils ne sont pas totalement rassurés. Je ne le suis pas non plus d'ailleurs. Qui pourrait l'être ? C'est mon devoir de père que de rester près d'eux dans ce genre d'épreuves. Ce n'était pas un voyage préparé à la légère mais mon sang n'a fait qu'un tour. C'était évident pour moi qu'il fallait que j'abandonne cette idée pour quelques temps. Peut-être définitivement, je ne sais pas.

Ce serait ingrat de ma part que de quitter ce pays qui m'a tout donné.

Quand la France va mal, il faut que les Français se serrent les coudes. Je ne peux pas partir comme ça alors que beaucoup de choses ne vont pas et que la terreur semble s'emparer de beaucoup de personnes. Moi-même j'ai peur, mais je sais qu'il faut rester solide dans des moments pareils, ne serait-ce que pour ceux qui nous entourent et qui sont plus touchés par ces événements. Je ne pense pas que moi, à ma propre échelle, je serais forcément utile, mais je me suis dit que si tous ceux qui le peuvent, qui en ont les moyens, fuient la France, que restera-t-il ? C'est pas ça un pays. A travers mes quelques voyages, aussi limités fussent-ils, je me suis rendu compte que c'est avant tout le peuple qui fait la culture, la Nation. Une Nation qui voit ses habitants la quitter, ça ne doit pas être beau à voir. Il faut des raisons insoutenables pour le faire. J'en prends pour exemple tous les réfugiés politiques qui sont presque dans l'obligation de fuir la guerre dans leur pays s'ils veulent survivre.

La France est un pays merveilleux. Si je veux réellement voyager, m'évader, je sais qu'il y a plein de coins magnifiques que je n'ai jamais explorés qu'il me reste à découvrir dans certaines régions. Et quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, le système français n'est pas si mal que ça. Bien sûr, il y a plein de défauts qui mériteraient d'être corrigés, améliorés mais au fond, nous sommes plutôt bien lotis. Nous avons juste le défaut des mêmes pays riches que nous critiquons de temps à autres mais qui nous font rêver. Comparée aux États-Unis, la France a même de nombreuses qualités que nos voisins outre-Atlantique n'ont pas : sécurité sociale, école publique gratuite de la maternelle à l'université et j'en passe. Je trouve que ce serait ingrat de ma part que de quitter ce pays qui m'a tout donné. Je comprends tout à fait ceux qui voudraient partir, ceux qui l'ont déjà fait bien avant les attentats. Mais ce n'est pas envisageable pour moi.

J'aime la France. On pourrait même dire que je suis parfois un peu trop patriotique. Pas au point d'être aveuglé par des considérations nationalistes et xénophobes. Mais dès que j'entends la Marseillaise résonner dans un stade, à la télévision, n'importe où, j'ai des frissons. Je n'étais pas dans mon état normal lorsqu'elle a été entonnée au stade britannique de Wembley lors de la rencontre Angleterre – France mardi dernier. Je veux défendre bec et ongles le pays, notamment au football. Lorsqu'une équipe nationale réussit des exploits sportifs, je suis heureux de faire partie de ce cercle qu'on appelle les Français. Bref : la France est un pays merveilleux que j'adore. Une terre de trésors naturels, culturels, humains. Il peut y avoir beaucoup de mauvais mais il suffit de s'attarder un moment sur un paysage, un petit ruisseau dans une forêt, un des nombreux châteaux ou monuments architecturaux pour se persuader que c'est le cas. J'ai donc été doublement touché lorsque j'ai appris les attentats. L'horreur de voir des innocents lâchement assassiné, pour rien, et voir la France dans un tel état.

J'ai donc décidé que, si voyage il y aura, ils attendront. Je mets mon égoïsme de côté. Attendre quoi ? Je ne sais pas, peut-être lorsque j'aurais finalement décidé que le mauvais moment est passé, que le timing est bon. S'éloigner de Paris pourrait déjà être un début, ne serait-ce que pour changer d'air un minimum pallier l'annulation de mon tour du monde. Un tour de France avec mes fils pourrait être une bonne idée. Un endroit différent chaque weekend, peut-être. Histoire de nous retrouver, d'être ensemble. D'être ensemble en France.

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