Les derniers posts Buzzly, mon meilleur pote ! Découvrir Mon actu0Favoris0À voir plus tard0Historique
Les chaines à suivre Voyager LoinFloraDavid Louvet-RossiJohanVDM de voyagePartir à New YorkMarc SoulierJérémThomas LaverneTravel Me HappyAmandineBMarieLauraHélènemeltourEmilyLaetitiaLaurianneMargotNathalie

Philippe, ancien néo-nazi, nous raconte comment le voyage a changé sa vie

Corentin Vilsalmon 1 avril 2015

"Je m'appelle Philippe et j'ai été néo-nazi. Cette idéologie n'est pas venue tout de suite, je l'ai acquise au fil de mes rencontres et de mes fréquentations. Je viens d'un milieu ni aisé ni défavorisé, dans une ville de banlieue lyonnaise plutôt paisible. Assez tôt, mes parents ont décidé que mon frère plus jeune de trois ans et moi ferions notre scolarité dans une école privée. Les différences sociales existaient mais ça ne m'a pas empêché de me faire de nombreux amis. Avec le temps, ces amis qui recevaient une éducation relativement stricte et très ancrée dans le catholicisme, ont développé des idées racistes : haine des Juifs, islamophobie, etc.

Naïf que j'étais, je me suis rapidement retrouvé à les suivre, un peu parce que j'avais envie d'être encore plus intégré à leur bande. Le fait d'avoir plusieurs fois été bousculé par des racailles fils d'immigrés, comme je le disais à l'époque, n'a pas aidé. Les thèses racistes me sont rapidement montées à la tête, j'ai rejoint les rangs d'un groupe qui se retrouvait régulièrement pour discuter de leurs idées et affirmer la suprématie de la race blanche et des Aryens sur le reste de l'Humanité.

Heureusement, tout cela a changé il y a quatre ans, grâce à un voyage qui a changé ma vie. Un voyage forcé, de surcroît, puisque je n'avais à l'époque absolument aucune envie de sortir hors de certaines frontières européennes. Mon petit frère, qui n'avait rien à voir avec mes idées néo-nazies, s'est rendu en Indonésie pour en découvrir la culture, voir du pays, etc. Malheureusement pour lui, il s'est gravement blessé et a demandé à ce quelqu'un de la famille s'y rende en attendant que les services de rapatriement ne le prennent en charge. J'ai donc atterri en Indonésie, dont une très grande partie de la population est musulmane. J'ai honte de l'avouer désormais mais devoir me rendre dans ce pays me dégoûtait. Pourtant, il a bien fallu que j'y aille.

Je m'étais préparé au pire et dès mon atterrissage je n'ai pas été déçu, même si au final tout était de ma faute. Je mettais une extrême mauvaise volonté pour communiquer avec les habitants, je prenais bien soin de n'approcher personne, de ne demander de l'aide qu'en cas de vrai dernier recours. Malgré toutes mes réticences, j'ai réussi à atteindre l'endroit où mon frère était hospitalisé. C'est là-bas que j'ai eu un premier choc : l'hôpital, bien que loin des normes que l'on connaît en France, était bien équipé et les médecins qui avaient pris mon frère en charge s'en était très bien occupé : l'opération avait été un succès. Dans ma tête, la plupart des étrangers, surtout dans ce genre de pays un peu reculés à mes yeux, étaient des incapables qui n'étaient pas suffisamment civilisés et avancés pour traiter correctement des blessures ouvertes comme celle de mon frère.

Bien mal m'en a pris. Quelques heures plus tard, encore un peu sous le choc de voir certains de mes aprioris sur le monde un peu remis en question, je me suis surpris à me promener dans les environs de l'hôpital tout en observant les locaux mener leur vie. La différence entre cette culture et la mienne, la culture occidentale judéo-chrétienne, m'a beaucoup frappé... Positivement. Je me suis surpris à sourire de voir certains moments de la vie quotidienne des Indonésiens, voir certains se rendre dans une mosquée environnante pendant que le muezzin "braillait" (c'est ce que je pensais à l'époque) ses appels à la prière. Je me suis laissé aller pendant quelques secondes, puis ma "conscience" m'a rattrapé et je me suis rangé dans le "droit chemin" à nouveau.

Je n'étais pas revenu à la raison depuis cinq minutes que me suis rendu compte que j'avais erré dans les rues de la ville sans faire attention à ma destination, ou de l'endroit d'où je venais. Des rues étroites et petites m'entouraient, je ne me souvenais pas quel chemin j'avais pris... Et le flot continu des passants m'entourait sans vraiment se soucier de moi. J'ai commencé à rebrousser chemin à contre-sens de la foule, écartant les gens de mes bras, le regard certainement furibond... Mais certainement apeuré, aussi, même si à ce moment-là je ne l'aurais sûrement jamais admis.

Perdu dans la foule, j'ai fait demi-tour de nombreuses fois, passant et repassant devant les mêmes boutiques à plusieurs reprises. J'étais seul parmi ces étrangers, incapable de m'en sortir, incapable de communiquer. C'est à ce moment-là qu'un gosse, pas plus vieux que 6 ans, s'est approché de moi et m'a agrippé le bras. J'ai été très surpris, surtout que je ne l'avais pas vu arriver, de sentir sa main m'embarquer en direction d'une des boutiques. Il a commencé à parler dans sa langue que je ne connaissais pas. Fatigué et stressé, je me suis énervé et je l'ai fait fuir. Enfin, c'est ce que je pensais parce qu'à peine trente secondes plus tard il est revenu accompagné d'une vieille femme un peu bossue et ratatinée. Je ne devrais pas écrire ça, surtout que c'est elle qui m'a délivré de cette situation, mais c'est ce que j'ai pensé en la voyant à ce moment-là.

Ce petit bout de femme m'a à son tour agrippé le bras et m'a conduit sous le porche d'un petit immeuble, à l'écart de la foule. Elle a dit quelques mots au gamin qui était resté avec nous puis celui-ci est parti en courant. Elle n'a pas essayé de me parler mais me regardait droit dans les yeux avec un sourire que je pensais moqueur, au départ. Plus je la regardais, plus j'avais envie de lui dire d'arrêter de se moquer de moi. Puis, en voyant le gamin revenir accompagné d'un autre adulte, j'ai compris que ce regard n'était pas moqueur mais bienveillant. Cette révélation a dû se voir sur mon visage parce que cette grand-mère a souri un peu plus largement. La personne qui accompagnait le petit était une de ses connaissances qui parlait anglais couramment. J'ai bredouillé un peu d'anglais à mon tour, en lui expliquant ma situation et en lui signalant que je voulais retourner à l'hôpital. Avec le même sourire bienveillant que la vieille femme, il m'a donné quelques indications et m'a expliqué que l'hôpital n'était vraiment pas très loin de là.

Je n'avais même pas fait un pas pour me diriger vers la direction qu'il venait de m'indiquer que l'homme m'a demandé de rester. La vieille femme était en train de préparer du thé. Nouveau choc. J'étais pris dans mes habitudes occidentales et j'étais loin de m'imaginer que les locaux seraient allés jusqu'à m'offrir un peu de leur hospitalité. J'étais persuadé qu'une fois débarrassés du fardeau que j'étais, ils s'en seraient retournés à leurs occupations habituelles sans se soucier de moi plus qu'il n'était nécessaire. Et là encore, mes mauvaises habitudes racistes m'auraient poussé à les rabaisser à nouveau.

Sauf que ce ne fut pas le cas : même si j'ai eu du mal à l'admettre sur le moment et encore pas mal de temps après, j'ai pu passer un très bon moment en compagnie de cette vieille femme (et du gamin qui était resté profiter d'un goûter providentiel, je suppose). Nous ne parlions absolument pas la même langue, j'essayais de balbutier un peu d'anglais tout en essayant de ne pas passer pour un ingrat, à ma propre surprise. J'avais comme un besoin irrépressible de faire comprendre que j'étais soulagé d'avoir reçu de l'aide à ce moment-là.

Au bout de plusieurs minutes, je décide finalement de partir, la nuit commençait à tomber et il fallait que je rejoigne mon frère dans sa chambre d'hôpital. J'ai donc laissé mes "sauveurs" tout en essayant à nouveau de leur montrer des signes de gratitude, puis je suis parti, tout en gardant à l'esprit leur gentillesse et leurs indications pour retrouver mon chemin jusqu'à l'hôpital.

Arrivé dans sa chambre, je l'ai retrouvé éveillé, assis et lisant un livre, qui devait provenir de ses propres affaires. Il s'était réveillé à peine une heure auparavant et m'avait attendu calmement. Apparemment sa blessure était sur la voie de la guérison mais il fallait encore qu'il prenne des antibiotiques et des antidouleurs pendant plusieurs semaines pour être sûr de ne pas contracter d'infection. Je lui ai donc raconté ce qui m'était arrivé, entre scepticisme et soulagement ; raconté mes états d'âme. Il m'a écouté sans jamais m'interrompre. Puis, quand j'ai enfin fini, il m'a répondu. De ses paroles, je n'ai retenu que cette phrase, qui m'a profondément marqué et qui me sert encore aujourd'hui comme une sorte philosophie de vie pour éviter de retomber dans mes travers racistes répugnants : "Ben tu vois, tu peux accepter la présence des autres finalement ; tu as un bon fond." Ce ne sont pas des paroles très philosophiques mais ces mots, prononcés à ce moment-là de ma vie, on représenté un vrai tournant.

Ces deux phrases m'ont énormément chamboulé, à ce moment. J'étais encore loin d'abandonner mes aprioris dédaigneux et sans fondement mais je peux, avec le recul, dire que c'était une première étape extrêmement importante qui a amorcé les nombreux changements qui ont eu lieu dans ma vie après cet épisode.

Après être revenu d'Indonésie, j'ai commencé à voir le monde différemment. J'ai coupé définitivement les ponts avec l'ancien groupe néo-nazi dont j'étais membre. Je suis devenu plus ouvert, ma mentalité a changé petit à petit (et pas radicalement), même si d'anciennes habitudes et façons de pensées revenaient me hanter de temps en temps. Après un an et demi de cette "nouvelle vie", j'ai décidé de retourner en Indonésie pour réellement découvrir le pays et me créer de nouveaux souvenirs par rapport à mon premier voyage là-bas que j'avais considéré comme une corvée.

Je ne me suis pas arrêté à l'Indonésie, 'ai parcouru des pays aux quatre coins du monde : Hongrie, Croatie, Japon, Kenya, Bolivie, Chine, Togo, Chili, etc. Et c'est de cette façon que j'ai pu rencontrer ma femme. Elle aussi a voyagé mais c'est en me rendant en Inde (où elle est née) que j'ai pu la rencontrer. Depuis, ma vie ne pourrait pas aller mieux. Comme quoi, le voyage peut réellement changer une vie du tout au tout. Même des cas qu'on croirait désespérés, comme le mien."


À défaut de vous proposer un véritable poisson d'avril, ce texte est tout de même une fiction totale (toute ressemblance avec des personnes réelles est purement fortuite) mais il n'est pas là juste pour raconter une histoire. J'ai voulu faire ce récit pour tenter de calmer les tensions communautaires qui ne cessent de pourrir notre quotidien. J'ai voulu faire ce récit pour convaincre les lecteurs qui seraient tentés de se renfermer sur eux-même après les récents évènements, de continuer à s'ouvrir aux autres et de ne pas céder aux appels à la haine.  

Le message qu'il y a derrière est un message de tolérance, de paix et d'acceptation et que le fait de voyager peut justement permettre de le transmettre, notamment grâce à la découverte de nouvelles cultures, en s'ouvrant aux habitants locaux (qui ne parlent pas forcément la même langue), etc. Et puis ça serait une belle histoire de savoir que de véritables néo-nazis ont fini par changer de mentalité grâce au voyage, non ?

En bonus, au cas où vous ne l'auriez jamais vu, foncez regarder American History X :

Likez cet article sur facebook
Partager sur Facebook Tweet
Les posts recommandés par VoyagerLoin
Voir plus d’articles
<