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L'alpine crossing de Tongariro en Nouvelle-Zélande

Nathalie 21 mars 2014

Les petites heures du matin étaient brumeuses à National Park Village vers sept heures du matin. Après un petit-déjeuner plus que frugal, contre toutes les bonnes recommandations d’usage, nous prenions la route pour l’une des plus belles randonnées courtes de Nouvelle-Zélande et du monde ; l’Alpine Crossing de Tongariro. Cette piste d’une vingtaine de kilomètres nous fait gravir un col qui passe entre plusieurs volcans.

Nous avions préparé cette randonnée par une marche de 4 heures la veille pour admirer les chutes de Tapapakurua dans la forêt Erua. Le dénivelé important de cette nouvelle piste  nous avait surpris et sa difficulté nous a été confirmée une fois revenu à l’auberge de jeunesse (marche pour randonneurs expérimentés).

Photo: Nathalie Astruc Photo: Nathalie Astruc

Il est entre sept et huit heures du matin lorsque des bus entiers de marcheurs de tous types et de tous pays déversent leurs hôtes aux pieds des volcans enveloppés de nuages denses. Nous étions un peu dubitatifs quant à la levée de ce voile épais, même si la météo du matin nous confirmait une amélioration au cours de la journée.

Plusieurs jours de pluie précédents avaient conduit à cette fréquentation record de la piste. La compétition était plus que palpable et je ne me demandais si des starting-blocks n’étaient pas cachés quelque part entre les touffes d’herbe. Après avoir laissé passer des meutes de coureurs frénétiques, nous empruntions ce début de piste agréable avec pour premier décor le fameux Mont Ngauruhoe, plus connu sous le nom de « Mount Doom » (la « Montagne du Destin », le volcan choisi par Peter Jackson dans lequel Frodon Saquet doit aller jeter le « précieux » du Seigneur des Anneaux). Il est encore couvert par les nuages à ce moment mais il se dégage quand même une ambiance de « Mordor ». A ce sujet, notre conducteur de bus nous prévient qu’il n’y a pas de piste balisée pour l’ascension de ce volcan et que c’est à nous de le créer. Il nous met également en garde contre les roches qui peuvent tomber lors de cette ascension, emportes par le passage des marcheurs précédents et sur notre passage pour ceux d’en-dessous.

Photo: Nathalie Astruc Photo: Nathalie Astruc

De longues étendues de steppes aux couleurs beiges et sombres s’étendent jusqu’aux pieds des volcans. Nous prenons notre temps, laissant passer devant le maximum d’amateurs d’efforts. Apres tout, nous sommes là pour en profiter et je ne comprends pas qu’on puisse courir d’une traite jusqu’à la fin de cette piste magnifique sans lever le nez pour admirer ce décor à couper le souffle. Car certains courent littéralement le nez collé au sol, avec, semble-t-il, pour seul souci un retard sur un temps personnel, un ralentissement ou pire, un trébuchement honteux.

Le temps est frais mais encore clément. C’est à l’arrivée des sources Soda que les choses se corsent. La couverture nuageuse est encore importante et nous croisons des sportifs déçus sur le chemin du retour qui nous disent ne rien avoir vu. Mais la ténacité aura du bon ce jour-là. Un premier panneau rappelle que cette randonnée est une affaire sérieuse, qu’il faut être bien équipé et en bonne condition physique pour l’effectuer. Les marcheurs en t-shirt-short-baskets ne sont pas légion mais nous en croisons tout de même. Un marcheur japonais restera dans ma mémoire pour avoir effectué cette marche avec l’équivalent de ballerines. Il était un peu raide à l’arrivée mais rien de sérieux. Les consignes de sécurité ne sont d’ailleurs pas prises à la légère. Notre conducteur de bus nous fait un briefing avant de partir et nous fait signer un papier avant que nous commencions à marcher. Les panneaux de signalisation et surtout un panneau avec des feux nous indiquant le risque d’activité du volcan nous rappelle que nous  marchons sur un volcan actif. La dernière activité volcanique remonte d’ailleurs au 12 novembre 2012.

Photo: Nathalie Astruc Photo: Nathalie Astruc

La première montée est un peu raide mais j’en avais vu d’autres, venant de la Réunion. Le vent est par contre plutôt modéré, empêchant de nous découvrir même si nous commençons à transpirer.

Nous arrivons sur un premier plateau. Nous marchons dans les nuages. Loin d’être effrayante, cette sensation est plutôt agréable et mystérieuse. Les nuages se forment et se dissipent en l’espace de secondes, laissant entrevoir des fragments de cols, des courbes terrestres, des creux géologiques.

La seconde montée est l’ascension d’une crête que nous découvrons peu de temps avant de l’entamer. Le vent est très puissant. Je me rappelle alors que la Nouvelle-Zélande se situe dans la région des quarantièmes rugissants.

De peur, de froid, de faim, je perds au moins 5 kilos lors de cette ascension. Les rafales de vent me font l’effet d’être secouée par une main géante invisible, d’être le jouet d’un dieu cruel. La grande fréquentation de la piste rend parfois l’effort encore plus difficile, avec des rythmes différents, des arrêts non-désirés.

Photo: Nathalie Astruc Photo: Nathalie Astruc

L’arrivée sur le second plateau est un vrai soulagement. La peur de tomber d’un côté ou de l’autre de cette arête m’a talonné tout le long de l’ascension. C’était sans savoir ce qui m’attendait dans cette brume. Ce répit fut temporaire lorsque je découvris que cette plateforme était en réalité a la croisée de cratères immenses, sans aucune barrière ou réelle signalisation pour prévenir de la proximité du vide. Mon sang n’a fait qu’un tour lorsque mon compagnon est parti prendre une photo à quelques mètres de ces gouffres. Les nuages s’ouvrent de temps à autre pour découvrir les entrailles de la terre. Une immense faille rouge et blanche sur la face opposée du cratère nous fait prendre conscience des proportions gigantesques du lieu. Mais malgré cette terreur du vide, je reste fascinée par la grandeur et la beauté de cette nature brute.

Encore quelques mètres de crête achèvent de me confire dans ma peur : je tiens fermement le bras de mon compagnon, de peur d’être balayée par une bourrasque de vent. Les souffles flirtent ce jour-là les 70 km/h.

Cependant, tout bascule lorsque je passe cette ultime épreuve. La descente est abrupte mais adoucie par un chemin de scories moelleuses, semblables à du gravier.

Photo: Nathalie Astruc Photo: Nathalie Astruc

Le tissu nuageux se déchire sur une vue sublime de trois lacs couleur émeraude en quinquonce au moment où nous amorçons la descente. Le soleil, encore timide, fait même briller cette eau tentatrice et dangereuse. A ce moment, je sens que je mérite cette vue et j’apprécie grandement ma chance. Certains parlent souvent de paysage lunaire en évoquant les volcans mais pour moi, la variété des couleurs est beaucoup plus importante que des nuances de gris.

J’ai l’impression de surfer ou de skier sur des graviers pendant cette descente sur les lacs. Des petits promontoires naturels nous permettent de nous arrêter pour prendre des photos mais je reste surtout soucieuse concernant les personnes qui pourraient dévaler de plus haut pour finir leur course à cet endroit et transformer la piste en bowling humain (y compris moi-même).

Une fois en bas, près des lacs, une vue sur un désert volcanique s’offre à nous. L’odeur de soufre est forte mais encore supportable. Même lorsque je m’aventure plus près, traversant des fumerolles, je tiens encore solidement sur mes jambes. Notre pause se fera la, nichée entre une paroi rocheuse et ce lac couleur azur. Elle sera courte car le froid gèle mes mains malgré le soleil qui nous fait la clémence de briller jusqu’à la fin de notre randonnée.

Photo: Nathalie Astruc Photo: Nathalie Astruc

Une autre remontée nous fait découvrir le plus grand lac de la zone. Toujours de cette couleur émeraude, il inspire une grande quiétude avec ses plages de sable volcanique. Le vent continue de souffler comme jamais en haut de cette crête.

Nous quittons ensuite les paysages désertiques pour longer la paroi rocheuse recolonisée par la végétation. La marche est beaucoup plus facile à partir de ce moment.

Au détour d’une paroi, nous apercevons le lac Taupo qui semble aussi grand qu’une mer. Je n’arrive même pas à en distinguer la limite !

Un peu plus loin, une immense veine de soufre dégage des fumées très blanches de plusieurs mètres de hauteur.

La descente vers la forêt est très longue, ponctuée par la traversée de petits rus près d’une récente coulée de lahar (coulée boueuse volcanique). Sur la carte, cette section représente en effet un bon tiers de la marche. L’arrivée est tout de même un soulagement physique. Mais les sentiments d’accomplissement et de privilège qui dominent à la fin de ce périple.

Je conseille cette marche au plus grand nombre. Cependant, veillez à partir bien préparé et surtout bien équipé. C’est la randonnée des grandes surprises et beautés mais elles se méritent.

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