Les derniers posts Buzzly, mon meilleur pote ! Découvrir Mon actu0Favoris0À voir plus tard0Historique
Les chaines à suivre Voyager LoinFloraDavid Louvet-RossiJohanVDM de voyagePartir à New YorkMarc SoulierJérémThomas LaverneAmandineBTravel Me HappyMarieHélèneLaurameltourLaetitiaEmilyLaurianneNathalieMargot

De Berlin à Donetsk, itinéraire d'un photographe de guerre

Marc Soulier 7 septembre 2014

Partir à l'aventure, de nombreuses personnes le font, un road trip à l'étranger ou encore s'immerger à l'intérieur d'un pays pendant un certains temps. Thomas Girondel, a choisi un destination que le monde entier connaît depuis peu...Donetsk. Diplômé d'une licence en géographie et d'un master en gestion des risques, Thomas a toujours été passionné par les voyages, la géopolitique et les problématiques liées aux droits de l'Homme.

Son projet photographique a consisté durant une période de trois mois à documenter son voyage dans les pays de l’Europe de l’Est et des ex-pays satellites de l’URSS. Se focalisant sur un pays qui est à l’heure actuelle en crise, l’Ukraine, le fil rouge de son projet. Le projet est composé de photos de scènes de rue, de portraits de personnes rencontrées qui lui ont confié leurs opinions vis-à-vis du conflit en Ukraine. Il a aussi documenté ses trajets en train, en voiture, de Berlin à Donetsk en passant par la République Tchèque, la Pologne et la Biélorussie.

Tout a été autofinancé, il n’a demandé l’aide de personne et s'est lancé dans l’aventure. Suivez moi sur la route pour le Donbass avec Thomas, voyageur et photographe de guerre :

« Il m’a fallu environ un mois et demi pour organiser ce voyage/projet et obtenir un visa privé pour la Biélorussie. Concernant l’hébergement, je me suis inscrit sur le site internet Couchsurfing car je préférais dormir chez l’habitant. C’était une solution économique mais surtout humaine. J’ai toujours été bien reçu et l’hospitalité des personnes m’a plus d’une fois émue. Ainsi il m’a été plus facile de pouvoir directement être en contact avec les habitants et pouvoir découvrir des lieux loin des « sentiers battus » et m’imprégner de l’atmosphère avec ma propre vision photographique. 

Je souhaitais mieux comprendre le conflit et les avis divergents en allant sur place, être témoin de l’Histoire en m’investissant personnellement.  Mon projet a évolué au fil du temps car je me suis senti de plus en plus concerné par ce sujet sensible. Par exemple, plus je me rapprochais de la Biélorussie et de l’Ukraine, plus l'atmosphère et ma perception des ex-pays satellites de l’URSS changeait. J’étais à la recherche d’un choc culturel, social, architectural mais surtout politique.

Se retrouver dans la « dernière dictature européenne » a été une expérience enrichissante et douloureuse... j’ai été violenté par deux militaires pour de simples clichés.

Je n’ai pas choisi les pays visités et les villes ukrainiennes par hasard. En effet je désirais m’immiscer dans le quotidien de citoyens frontaliers ou proches d’un pays en crise. Je voulais souligner l’évolution des opinions au fur et à mesure de mon voyage et ainsi mettre en évidence la différence de perception des pays européens et ceux de l’Est. Ira1 En Biélorussie, il a été très intéressant d’écouter des citoyens où la liberté d’expression est quasi nulle. Se retrouver dans la « dernière dictature européenne » a été une expérience enrichissante et douloureuse. Ainsi, je me suis retrouvé confronté à la censure lorsque j’ai voulu prendre des photos dans un quartier de Minsk ; j’ai été violenté par deux militaires pour de simples clichés par exemple. sunday meeting-9

La tension était palpable dès la frontière.

De manière générale j’ai pris beaucoup de risques en Ukraine, principalement à Donetsk et dans la région du Donbass. Mon passage en train de la frontière entre la Biélorussie et l’Ukraine, je ne l’oublierai pas. Je ne pensais pas pouvoir rentrer sur le territoire car mon sac à dos était rempli d’appareils argentiques et de témoignages retranscris sur papier.

Mais la chance m’a souri alors que les militaires hésitaient à me laisser rentrer sur le territoire même avec un passeport français. A l'inverse, j’ai vu des personnes descendre du train et rester sur le quai d’une gare frontalière à 4h00 du matin car ils s’étaient vu refuser l’entrée sur le territoire ukrainien. La tension était palpable dès la frontière.

Les jours passés en Ukraine ont été riches en émotion. J’ai été accueilli par une jeune journaliste à Kiev qui m’a rapidement introduit dans son cercle d’amis. Grâce à son soutien et au réseaux sociaux,j’ai pu recueillir des témoignages de personnes de différents horizons, présentes ou non au Square Maidan de Kiev lors des tragiques émeutes.

Au fil des jours je comprenais de mieux en mieux le mal être d’un pays tiraillé entre les pays européens et la Russie.

Je me suis rapidement rendu compte que la diffusion d’informations était primordiale malgré les risques encourus.

Ces personnes m’ont confié leurs inquiétudes, leurs opinions sur l’annexion de la Crimée et des émeutes de Maidan, leurs préoccupations quotidiennes et leurs avenirs quelques semaines avant les élections présidentielles du 25 mai 2014. En parallèle j’ai rencontré des journalistes ukrainiens et des photographes au Centre Presse de Maidan à Kiev.

La chance m’a souri lorsque j’ai décidé d’avoir leurs opinions sur le conflit. J’ai rapidement obtenu une carte presse et un photographe de guerre anglais Joe O’Brien m’a épaulé et conseillé. Le soir même je me retrouvais en sa compagnie avec un jeune journaliste espagnol sous les barricades.

Je me suis rapidement rendu compte que la diffusion d’informations était primordiale malgré les risques encourus. Quelques semaines plus tard je me rendais à Donetsk par train où j’ai côtoyé des membres de l’OSCE qui se rendaient dans plusieurs régions afin de couvrir les élections présidentielles.  Lviv-Kyiv-10

Mon objectif était de me rendre à Donetsk et d’y interroger des citoyens pro-russes.

Au fil des semaines mon projet avait encore évolué car je souhaitais ainsi être témoin du conflit en le documentant sur place. Grâce aux contacts établis et aux conseils des personnes rencontrées à Kiev, j’ai rejoint plusieurs journalistes, photographes et traducteurs originaires de différents pays dans un appartement qui faisait office d’hôtel à Donetsk. 

L’équipe que j’avais intégrée souhaitait couvrir un maximum d’événements. Nous avons ainsi couvert des manifestations pro-russes, documenté les élections présidentielles dans la région du Donbass bien qu’il était interdit de voter, rencontré des milices des forces loyalistes, vécu l’incursion de l’armée ukrainienne sous les ordres de Petro Porochenko et les bombardements de l’aéroport.

Malgré les prises de risques à chaque instant il m’était utile de continuer mon projet. Entre passion et addiction, j’ai été confronté avec mes collègues aux menaces quotidiennes, à la peur de ne jamais revenir indemne en France.

J’ai pu avoir l’opportunité de côtoyer des séparatistes et d’interviewer à l’aide de traducteurs quelques citoyens pro-russes pour recueillir leurs opinions sans pour autant oublier de documenter le quotidien d’une région ukrainienne qui fait la une des médias depuis le mois d’avril et d’y comprendre les raisons du conflit avec les forces loyalistes.

Par ailleurs, il a été intéressant de voir comment l’information en zone de conflit était utilisée et relayée vers les pays occidentaux et la Russie.

MaidanSquare-31-1 MaidanSquare-52 MaidanSquare-32 checkpt5  Bomb-1 Don-10 Don-13  

Après avoir été témoins de l’arrivée de mercenaires Tchétchènes pour épauler les séparatistes et du massacre de civils sous nos yeux, nous avons fui la ville de Donetsk quelques jours plus tard. Le seul choix qui se présentait était de prendre le train avec un photographe italien.

Malgré les rumeurs de minage par les forces rebelles de la voie ferrée reliant Donetsk à Kiev, nous avons pris un train de 12h pour rejoindre la capitale ukrainienne. Même si mon projet a sans cesse évolué, j’avais un but précis qui a pris au fur et à mesure de plus en plus d’importance ; aller sur le terrain, découvrir la situation réelle et la rapporter à travers la photographie. » 


Le but de ce projet est d’éclairer les consciences et porter un nouveau regard sur ce sujet sensible et d’actualité. L'objectif de Thomas étant de pouvoir exposer ses photos en France ou à l’étranger, il possède entre 150 et 200 photos exploitables, et réfléchis également à écrire un livre car son projet photographique est devenu une aventure humaine au fil des semaines et des kilomètres effectués. Si son voyage vous intéresse et que vous souhaitez l'aider dans son projet, n'hésitez pas à entrer en contact avec Thomas. ([email protected]) et sur son site internet http://www.thomasgirondel.com/ .

Photos prises avec un appareil argentique Noir et Blanc Crédit photo : Thomas Girondel  

Likez cet article sur facebook
Partager sur Facebook Tweet
Les posts recommandés par VoyagerLoin
Voir plus d’articles
<